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Une école prioritaire toujours vectrice d’inégalités

En attendant la publication du rapport PISA 2015, dont les résultats vont vraisemblablement confirmer que l’école française est l’école où l’origine sociale des élèves pèse le plus sur leurs résultats de tous les pays de l’OCDE, le Conseil national d’évaluation du système scolaire a rendu un bilan, le 27 septembre dernier » intitulé : Comment l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ? Un rapport qui souligne les faiblesses des politiques d’éducations prioritaires depuis 35 ans.

L ‘éducation prioritaire menée depuis trente-cinq ans pour lutter contre les inégalités sociales et scolaires est un échec, c’est que souligne le rapport du (Cnesco), élaboré grâce à deux ans de travaux de sociologues, économistes, psychologues français et étrangers.

Les termes sont durs, le rapport du Cnesco évoque tout simplement : un dispositif qui « ne marche pas ». En effet, dans les 35 dernières années, la France est devenue le pays le plus inégalitaire de l’OCDE et le phénomène s’accentuerait depuis le début des années 2000. « Le poids de l’origine sociale des élèves sur leur réussite scolaire est bien plus important chez nous que chez nos voisins comparables, et ce poids s’est aggravé sur un temps très court », note Georges Felouzis, professeur de sociologie des politiques éducatives, à propos de ce rapport.

Conçue, en 1981, pour être temporaire, elle perdure encore, en 2016, avec des effectifs croissants : 10 % des collégiens en 1982, plus de 20 % en 2015, l’éducation prioritaire est pourtant, depuis lors, sous les feux de la critique. En effet, les établissements en éducation prioritaire (dont le label a changé au cours des années, actuellement REP ou REP +) bénéficient, certes, de moyens supplémentaires, mais qui ne suffisent pas à créer une véritable différence, selon le Cnesco. Ainsi, les classes ne comptent, en moyenne, que deux élèves de moins que dans les établissements classiques. À l’inverse, les élèves, souvent défavorisés, de ces écoles et collèges ont des temps d’enseignement plus courts (à cause de problèmes de discipline), des enseignants moins expérimentés, davantage de non-titulaires (contractuels non formés),…

Georges Felouzis ajoute : « On a plutôt des preuves que ça ne marche pas mais on continue. Les pays qui avaient adopté ce dispositif l’ont tous abandonné, car ses effets pervers sont plus nombreux que les effets posi­ tifs ». Toutefois, Le Cnesco ne réclame pas l’arrêt de cette politique, le rapport souligne surtout la nécessité de voir la mixité sociale progresser : « Toute politique restera peu efficace si les écoles et les collèges les plus ségrégués ne font pas l’objet d’une politique volontariste de mixité sociale ».